Juste à temps :
J'ai trois brins en fleurs. C'est toujours mieux que certaines années où il ne fleurit pas du tout à cause du mauvais temps.
Pourtant, on n'imagine pas un défilé du 1
er mai sans brin de muguet. Mais d'où vient cette coutume d'offrir cette fleur le jour de la fête du travail ? On pourrait penser l'habitude est liée à la tradition de l'Arbre de Mai, qui célÚbre le retour du printemps et le renouveau de la nature. Mais dans les endroits où cette fête ancienne est encore célébrée, elle se déroule totalement en marge des manifestations.
Il faut remonter assez loin pour découvrir un début d'explication.
Le 1
er mai 1561, le jeune roi Charles IX (il avait dix ans) aurait reçu d'un chevalier un brin de muguet en guise de porte-bonheur.
Cette délicate attention lui aurait donné l'idée d'en offrir chaque année aux dames de la Cour.
Le 1
er mai 1886, les ouvriers américains entament un vaste mouvement de revendication pour obtenir la réduction de la journée de travail à huit heures. Le 3 mai, à Chicago, un attentat à la bombe provoque la mort de sept policiers. Dix personnes seront tuées dans les émeutes qui s'ensuivirent, et plusieurs dizaines d'autres blessées.
Huit militants anarchistes sont arrêtés et jugés. Malgré un manque de preuves évident, cinq seront condamnés à être exécutés le 11 novembre 1887. Le Shérif Matson ne leur laisse même pas le temps de s'exprimer avant d'ordonner au bourreau de mettre les cordes en place.
Les condamnés ne sont plus que quatre : Louis Lingg s'est suicidé dans sa cellule.
Une journée du travail sera instituée en tant que congé légal aux Etats-Unis en 1893.
En Europe, le combat pour la journée de huit heures se poursuit. La II
Úme Internationale décide en 1889 d'organiser chaque 1
er mai une manifestation pour réclamer la réduction de la durée quotidienne du travail. Les gens défilent en portant un triangle rouge symbolisant la division en "trois huit" de la journée de travail.
Dessin de Grandjouan réalisé pour la couverture de "L'Assiette au Beurre" du 28 avril 1906
Le 1
er mai 1891, à Fourmies dans le Nord, la manifestation tourne au tragique : les soldats tirent sur la foule avec le nouveau fusil Lebel, faisant dix morts, presque tous trÚs jeunes.
Le nombre de tués aurait été encore plus important si le curé, brandissant un crucifix,
n'était sorti de son église en hurlant : "Assez !"
Ce nouveau drame accroît la détermination de la II
Úme Internationale, qui renouvelle le caractÚre revendicatif et international du 1
er mai, et choisit comme emblÚme l'églantine rouge, fleur traditionnelle du nord de la France, qui remplace donc le badge triangulaire.
Le traité de paix du 28 juin 1919 fixe dans son article 247 l'adoption de la journée de huit heures. Lénine décide en 1920 de faire du 1
er mai une journée chÎmée en Russie. L'Allemagne nazie fait de même, suivie par la France... sous Pétain.
Je n'ai pas pu me résoudre à publier une photo de Pétain sur ce blog.
A la place, j'ai mis une vue aérienne de Vichy.
La "fête des travailleurs" devient la "fête du travail et de la concorde sociale". En prime, l'Etat français remplace autoritairement l'églantine rouge (clairement de gauche) par le brin de muguet (symbole de bonheur un peu cucul).
Bibliographie :
Le premier 1ermai, par Susan Ash,
Gavroche, revue d'histoire populaire n°9, avril-mai 1983.