Nourrir les oiseaux en hiver présente un inconvénient majeur : cette activité attire les �perviers.
L'�pervier d'Europe a failli disparaître à cause du DDT
[1] et des destructions organisées. Depuis qu'il est protégé et que le DDT est interdit, il est redevenu assez courant.
Photographier les rapaces étant un sport assez ardu, je n'ai qu'un portrait robot à vous proposer :
Le dessus est brun ; le dessous clair, rayé de roussâtre ; les yeux et les pattes sont jaunes.
Il se nourrit d'oiseaux.
On le rencontre fréquemment à proximité des habitations : ceux qui nourrissent les passereaux dans leur jardin doivent donc s'attendre à recevoir sa visite.
L'�pervier ne capture pas ses proies comme le Faucon pÚlerin, aprÚs une course vertigineuse se terminant par un piqué à plus de trois cents kilomÚtres heures. Lui, il guette, il surveille, il espionne, bien caché dans la végétation. Quand il sent le moment opportun, il surgit d'on ne sait où, à une vitesse étonnante. Il est capable de se saisir de sa proie par en-dessous, en se reversant complÚtement sur lui-même. S'il manque son coup (cela arrive), il disparaît aussi furtivement qu'il était venu. Mais la panique provoquée par son arrivée intempestive empêchera les oiseaux de revenir avant un bon moment.
Au printemps, les �perviers doivent nourrir leurs petits. Cela tombe bien, les autres oiseaux ont eux aussi fait plein d'oisillons inexpérimentés qui volÚtent imprudemment de buisson en buisson.
J'ai assisté une fois à la capture d'un Merlot par un �pervier. Il (ou elle) l'a attrapé au beau milieu de la pelouse. Ce sont les cris d'alarme des Merles qui m'ont alertée, une attaque de rapace passant rarement inaperçue. Bien entendu, dÚs que je me suis approchée de la fenêtre, le coupable s'est envolé avec sa proie entre les serres. Il était de toute façon trop tard pour intervenir, l'oisillon était déjà mort.
Poursuivi par les deux parents, l'Epervier s'est posé au pied d'une haie dans la pâture voisine. J'ai observé le reste de la scÚne aux jumelles. L'�pervier a commencé à plumer sa prise : il a d'abord Îté le duvet, en éparpillant les plumes partout ; puis il a enlevé les rémiges, bien proprement. Pendant ce temps, la Merlette, posée sur un piquet, essayait désespérément d'attirer son attention en en poussant des "tic-tic-tic" affolés. Quant au mâle, les plumes de la tête tout hérissées, il tentait d'effrayer le rapace en criant le plus fort possible, sautillant jusque sous son bec. L'oiseau de proie ne s'occupait absolument pas d'eux, et il a fini de plumer leur petit, et il l'a dépecé sous leurs yeux horrifiés.
Affreux.
[1] Pour tout connaître des effets catastrophiques du DDT sur les oeufs des rapaces, on se reportera au numéro 45 de la Hulotte, consacré au Faucon pÚlerin.